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Après la pandémie de Covid-19 et le choc provoqué par la guerre en Ukraine, l’agroalimentaire européen se retrouve confronté à une nouvelle onde de turbulence géopolitique. L’escalade des tensions au Moyen-Orient, et en particulier autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, vient de prouver brutalement les dépendances qui structurent la chaîne alimentaire mondiale.

Pour les industriels français, dont le secteur représente 210 milliards d’euros de chiffre d’affaires et près de 465 000 emplois, l’enjeu dépasse la simple volatilité du pétrole. Il s’agit d’un véritable test grandeur nature de la résilience industrielle.

La fermeture ponctuelle ou la menace de fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite environ 30% du commerce mondial de fertilisants et une part significative des flux énergétiques, a suffi à tendre les marchés. En quelques jours, les cours du gaz en Europe ont bondi d’environ 50%, tandis que le baril de Brent repassait au-dessus de 82 dollars, un niveau inédit depuis 2018. Le gaz européen (TTF) a évolué autour de 50 €/MWh. Or le gaz représente entre 60% et 80% du coût de production des engrais azotés. Autrement dit, chaque tension énergétique se diffuse mécaniquement jusqu’aux champs, puis aux usines de transformation.

Dans ce contexte, l’agroalimentaire ne peut plus raisonner uniquement en termes de matières premières agricoles ou de négociations tarifaires avec la grande distribution. La guerre agit sur une série de maillons stratégiques qui, s’ils venaient à se rompre, provoqueraient des effets en cascade sur la production, la logistique, l’innovation et, in fine, sur le consommateur.

Le premier maillon stratégique concerne les intrants chimiques. Additifs, conservateurs, régulateurs d’acidité, gaz industriels, agents de texture : ces composés sont omniprésents dans l’alimentation transformée. Leur fabrication repose sur des chaînes pétrochimiques fortement dépendantes de l’énergie et géographiquement concentrées. Près de 45 % du soufre mondial, sous-produit clé du raffinage utilisé pour produire l’acide sulfurique, transiterait par la zone du Golfe selon le Financial Times. Une perturbation logistique ou un renchérissement durable de l’énergie dans cette région a donc un impact direct sur la disponibilité et le prix de nombreuses molécules indispensables à l’industrie alimentaire.

SOURCE : AGRO-MEDIA.FR
La guerre au Moyen-Orient, un stress-test systémique pour l’agroalimentaire – AGRO-MEDIA.FR